dimanche 21 janvier 2018

Exposition "Le contemporain dessiné", Musée des Arts Décoratifs de Paris (en résonnance avec drawing Now) / 2016.

Exposition avec :
Nicolas AIELLO / Pierre ALECHINSKY / Geneviève ASSE / Clément
BAGOT / Jean BEDEZ / Cathryn BOCH / Thomas BROOMÉ / Robbie
CORNELISSEN / Sépànd DANESH / Luc DOERFLINGER / Sylvain
DUBUISSON / Camille FISCHER / Alexander GORLIZKI / Jane
HAMMOND / Zarina HASHMI / Yang JIECHANG / Evi KELLER / Rui
MOREIRA / François MORELLET / Jean-Christophe NORMAN /
Stéfane PERRAUD / Hanns SCHIMANSKY / Elmar TRENKWALDER /
Levi van VELUW / Claude VIALLAT / Alexis YEBRA.

Scénographie : Christophe CUZIN.
Commissariat : Agnès CALLU (PhD/HDR), Conservateur du
Patrimoine au musée des Arts décoratifs, Chargé du Département
des Arts graphiques – Cabinet des Dessins.

Artsdéco.rtf
Impression numérique sur bâche
200 X 400 Cm
2016
Installation in situ réalisée sur invitation du Musée des arts décoratifs dans l'exposition Le contemporain dessiné / 10 ans de Drawing Now.

Lors de marches dans le musée des arts décoratifs, j’enregistre à l’aide de mon téléphone portable des images du lieu traversé (architecture des salles, détails d'objets de la collections, ...).
Par la suite, je contraste au maximum ces images en noir et blanc et les insère, les unes à la suite des autres à l'aide d'un logiciel de traitement de texte sur une page.
La page est mise ici à l'échelle du mur sur lequel ma pièce est accrochée.
Se crée alors une nouvelle écriture propre au rythme ordonné par le parcours de mon corps dans le lieu.

Artsdéco.rtf a rejoint la collection des estampes contemporaines de la Bibliothèque Nationale de France.








Voici un extrait d'un texte de Guillaume Monsaigeon provenant du catalogue de l'exposition "Villissima" (Éditions Parenthèses) sur la série ".rtf" dont ce travail est une continuité :
" Beaucoup d’artistes s’attachent à décrire la ville, peu cherchent autant que Nicolas Aiello à l’écrire. Sa série rtf résulte de longues déambulations dans les rues de grandes villes européennes ou américaines. Aiello photographie sans arrêt, se retrouvant bientôt à la tête d’un grand nombre d’images. Plutôt que d’opérer une sélection en ne retenant que les plus révélatrices d’une morphologie ou d’une personnalité, il conserve cet excès.
Leur montage n’est pas organisé dans le temps, comme au cinéma, mais plutôt dans l’espace. Chaque photo est insérée entre deux autres, créant ainsi avec ses compagnes de longues lignes urbaines. Après chaque ligne, il faut aller à la ligne. C’est ainsi qu’on apprend à lire - ou à écrire : en faisant des pages d’écriture.
Chaque ville est donc une page d’écriture, sans être tout à fait écriture à la main. Les pleins et les déliés sont ici remplacés par des photos de pleins et de vides, du bâti et de l’espace. Loin de chercher à enjoliver, raffner ou enrichir ces hiéroglyphes urbains, Aiello les aligne dans ce qu’ils ont de rustique voire de brutal. RTF signife Rich Text Format, littéralement « format de texte enrichi ». C’est un standard de traitement de texte, à vrai dire assez peu riche ou sophistiqué. Il était donc logique que la litanie de ces images fût imprimée sans raffnement, à la façon dont nos imprimantes produisent du texte au quotidien, en noir et blanc et sans souci d’élégance.
Nous devons accepter notre condition urbaine qui consiste à produire de l’image au kilomètre, à opérer d’infnis montages qui nous traversent plus qu’ils ne nous impriment. Nous écrivons la ville, mais elle s’inscrit tout aussi bien en nous. Aiello tend à la ville le sismographe ou le stylet qui lui permet de rédiger son incessant tressaillement."

mercredi 10 janvier 2018

Le temps de l'absolu - carte blanche à Philippe Piguet / Galerie C, Neuchâtel, 2015.















« 5 607 249… c’est le dernier nombre qu’a peint Roman Opalka sur le tableau qu’il a laissé
inachevé suite à sa brutale disparition, le 6 août 2011.
Il y a cinquante ans l’artiste avait décidé de mettre en oeuvre un projet artistique consistant à peindre
l’ensemble des nombres entiers naturels suivant un protocole de travail extrêmement précis. C’était
au printemps 1965. Quarante-six ans durant, Roman Opalka n’a jamais dérobé à la règle. Un projet
d’oeuvre, un projet de vie : tel est son admirable exemple.
Le Temps de l’Absolu n’est pas une exposition en son hommage. Pas plus qu’elle n’est la réunion
d’artistes dans son sillage ou qui lui seraient redevables d’une posture. En cette année de jubilé, elle
se veut tout simplement une façon d’écho mémorable à sa mémoire. Pour avoir eu le privilège
d’être de ses amis proches et de l’avoir accompagné dans son travail pendant de longues années, je
tenais à le saluer à ma manière. L’invitation de Christian Egger à une carte blanche en sa Galerie C
m’en offre l’occasion.

Le Temps de l’Absolu rassemble 9 artistes de générations et de pratiques artistiques très différentes.
Tous ont en commun d’avoir fait le choix de démarches radicales qui les déterminent à l’ordre
d’esthétiques conceptuelles et minimales dont les protocoles de travail n’en sont pas moins
laborieux, voire obsessionnels, mais qui ouvrent des champs volontiers poétiques. Ils composent
avec les critères de discipline, de répétition et d’aléatoire pour constituer des oeuvres singulières et
sensibles dont la vertu cardinale est de dire leur être au monde. Un être en quête d’absolu. »1
Texte: Piguet Philippe, « Le Temps de l’Absolu », note d’intention dans le cadre de l’exposition «
Le Temps de l’Absolu », Galerie C, Neuchâtel, 17 sept.-30 oct. 2015.
Né en 1977, Nicolas Aiello vit et travaille à Montreuil. Il débute des études artistiques en 2001 à
l’Ecole Supérieure d’Art de Grenoble.

Ses oeuvres sont notamment présentes dans les collections de la Bibliothèque Nationale de France
ainsi que dans la Bibliothèque Kandinsky du Centre Pompidou à Paris.
Arpentant les villes, Nicolas Aiello capture écritures et signes graphiques qu’il aperçoit afin de les
reproduire dans ses dessins, entremêlant ainsi les traces urbaines isolées de leur environnement
originel. L’artiste tisse un réseau architectural, composant avec les lignes du temps et de l’écriture,
rendue soudain illisible au sein de dessins rythmés. Ecrire et dessiner sont indissociables pour
Nicolas Aiello, qui s’adonne à lier les deux éléments obsessionnellement.

Site internet de l’artiste: http://nicolasaiello.com/
Texte: Philippe Piguet

Melancholia, dessin / 2015



    Melancholia
    Dessin à l’encre de Chine sur Papier
   1m15 X 75 cm.
   2015.

                                         Détails de Melancholia.




Catalogue de l'exposition Villissima aux éditions Parenthèses.






Beaucoup d’artistes s’attachent à décrire la ville, peu cherchent autant que Nicolas Aiello à l’écrire. Sa série rtf résulte de longues déambulations dans les rues de grandes villes européennes ou américaines. Aiello photographie sans arrêt, se retrouvant bientôt à la tête d’un grand nombre d’images. Plutôt que d’opérer une sélection en ne retenant que les plus révélatrices d’une morphologie ou d’une personnalité, il conserve cet excès. Leur montage n’est pas organisé dans le temps, comme au cinéma, mais plutôt dans l’espace. Chaque photo est insérée entre deux autres, créant ainsi avec ses compagnes de longues lignes urbaines. Après chaque ligne, il faut aller à la ligne. C’est ainsi qu’on apprend à lire - ou à écrire : en faisant des pages d’écriture. Chaque ville est donc une page d’écriture, sans être tout à fait écriture à la main. Les pleins et les déliés sont ici remplacés par des photos de pleins et de vides, du bâti et de l’espace. Loin de chercher à enjoliver, raffiner ou enrichir ces hiéroglyphes urbains, Aiello les aligne dans ce qu’ils ont de rustique voire de brutal. RTF signifie Rich Text Format, littéralement « format de texte enrichi ». C’est un standard de traitement de texte, à vrai dire assez peu riche ou sophistiqué. Il était donc logique que la litanie de ces images fût imprimée sans raffinement, à la façon dont nos imprimantes produisent du texte au quotidien, en noir et blanc et sans souci d’élégance. Nous devons accepter notre condition urbaine qui consiste à produire de l’image au kilomètre, à opérer d’infinis montages qui nous traversent plus qu’ils ne nous impriment. Nous écrivons la ville, mais elle s’inscrit tout aussi bien en nous. Aiello tend à la ville le sismographe ou le stylet qui lui permet de rédiger son incessant tressaillement. Armelle Caron délivre les ilots urbains en les rangeant sur des lignes, Neal Beggs réduit la personnalité d’une ville en barrettes de couleur, Aiello la transforme en exercice d’écriture minimaliste.

Texte de Guillaume Monsaingeon, commissaire de l'exposition.

Article dans Libération / Villissima, hôtel des arts de Toulon, 2015