mardi 13 novembre 2018

PUBLIC POOL #4 – « Écrire l’art » // Cité internationale des arts // Décembre 2017 (avec la DCA et Aurélie Barnier), 2017.


http://c-e-a.asso.fr/appel-a-projets-public-pool-4-ecrire-lart/

Le Monde, Dimanche 23 - Lundi 24 juillet 2017 &

                                               Le Monde,  Dimanche 23 - Lundi 24 juillet 2017
                                                         Encre et crayon sur papier.
                                                        50 X 65 cm
                                                        2017




                                       Libération, pages de gauche et page de droite - Lundi 19 février 2018
                                      Encre sur papier (encadré)
                                      42 X 29,7 cm

                                      2018





 

Drawing Now (avec la galerie C - Sophie Jodoin, Lionel Sabatté et Jean-Christophe Norman), 2018.



                               Le Monde, 5 mai 2017, double page.
                               Encre et crayon sur papier.
                               57x 76 cm
                              2017


Publication dans la revue Le Chassis, 2018


Catalogue de l'exposition Peaux à Aponia (avec extrait du texte de François Michaud, conservateur du Musée d'art moderne de la ville de Paris), commissaire de l'exposition, 2018.





PEAUX
dialogue avec François Michaud


Que se passe-t-il sous la peau? Nous savons, comme la comptine de la noix est là pour le rappeler au beau milieu de nos souvenirs d'enfance, que l'on ne voit rien, rien d'intéressant quand elle est ouverte. Derrière, cela se replie, comme un cerveau ou un ruban de Möbius, mais du cerveau nous ne voyons à nouveau que l’extérieur. Alors, mieux vaut procéder autrement. L'un après l'autre, quatre artistes ont tenté de voir derrière, de retourner l’enveloppe, en décidant d’appeler cela « Peaux » – au pluriel naturellement. Nicolas Aiello traque une mémoire qui, souvent, a partie liée avec l'histoire de l’art et avec les histoires que l’on efface. Quand il dessine sur la peau – non pas sous, mais sur... – il couvre de strates, de griffures l’image d’une paume ouverte... Elsa Cha raconte des histoires, invente des contes sages ou pas, parfois tout près du corps, parfois très loin, mais toujours impénétrables. Sophie Lecomte, elle, emprunte bien au réel, aux pellicules qui s’en détachent et à tout ce dont l’apparence parvient à se transmuer. C'est sa manière de caresser ce qu'elle regarde. Enfin, si Akiko Hoshina prélève aussi, elle sculpte plus qu’elle n’emprunte : une forme extérieure qui a été habitée et qui, par estampage, se révèle à l'endroit qu'elle a choisi à la façon d’une concrétion. Soudain, nous commençons à voir l’envers (juste un peu) : car l’empreinte est envers avant d’être endroit – et, comme Elsa Cha le dit dans un poème, cette peau que l’on voit est aussi celle qui fait de jolis petits ronds – car c’est la peau qui entoure la bouche, la bouche-mère d’où sortent les paroles et ces lèvres qu’on mord plutôt que de parler, les lèvres qui sourient, mais...
votre sourire a deux canines 
Vos dents, vos corps abimés. Cette peau que l'on voit fripée et pliée. Vos mains tremblantes essayant faiblement de retenir la vie. Votre voix soufflant un air faux, les chansons de votre enfance, celles des manèges aux petits chevaux de bois qui tournent. Votre démarche mal habile aux jambes arquées, portant le poids de ces lourdes années. Vos iris voilés de blanc qui cachent ce que vous voudriez continuer à voir et ce que vous distinguez maintenant comme de vieux fantômes. Et pourtant, votre sourire à deux canines est l'expression de votre détachement, vos rires devenant si nobles.
Tous ont décidé un jour, seuls et en en parlant peu, de rassembler ces formes tirées des peaux mentales, des couches qu'ils surajoutent aux couches existantes, en ne sachant pas à l'avance ce que sera l’exposition. Un dialogue a commencé – un pentalogue peut-être, car nous sommes cinq à le mener, à distance ou tout près, comme on regarde sa main avant de dessiner.
Il y a eu un travail solitaire – des travaux – et des échanges, entre des artistes qui se connaissent et qui travaillaient à deux pas les uns des autres, puis qui se sont dispersés. La géographie a changé, Akiko Hoshina est partie à la montagne, Nicolas Aiello a emménagé à Paris, Sophie Lecomte continue de glaner dans la forêt ou au bord des rues de Montreuil et Elsa Cha n’en finit pas de battre la campagne qui sort de sa bouche autant que de ses doigts. Les corps créés par la première sont là pour s’étendre, stagner, attendre – l’attente est la marque du second, celle qui accompagne les questions sans réponse, quand ce qui est donné n’est pas fait pour paraître au premier plan – le plan de la troisième est celui de ses marches, quand leur butin est destiné à nous habiter plus qu’à nous vêtir : c’est une fausse enveloppe, la peau des autres comme elle aimerait les voir. Peaux projectives. Projectiles jetés contre l’atelier, lignes de vie et de chance mêlées, stratigraphie des sens. Pouvoir percer. Percer pour voir. Flâner. Quitter. Reprendre. Sans s’emmêler les pinceaux. Résister. S’immiscer. Se ressaisir. Se dessaisir. S’inviter. Se parler. Ne pas. Encore. Peau de balle. Trou. Plein. Trop. Pas assez. Laisser passer. Laisser couler. Mieux dire. Bien faire. Ne rien faire. Ou bien si peu. Dans une heure, dans un jour, dans trois mois, jamais plus… jamais jamais plus. Demain

Petite édition de l'exposition Paperolles à la galerie 22,48 m2 (Texte de la commissaire de l'exposition Camille Paulhan), 2016.












Catalogue de l'exposition De Mémoire (avec un texte de Aurélie Barnier) avec Céline Cléron et Solène Doually, 2017.










Extrait dexte d'Aurélie Barnier pour le catalogue :

Dans les œuvres de Nicolas Aiello, le temps rétrospectif et introspectif d’une mémoire de l’intime se déploie à partir d’archives d’une histoire familiale autant qu’universelle ou suivant les pérégrinations de l’artiste. Recto & verso (2016) associe les archives de ses grands-parents, entre 1915 et 2002, et leurs contextes politiques, retraçant une certaine histoire de France. Dans les verso présentés sous forme d’affiche et dans le diaporama des recto, l’histoire personnelle se dessine de portraits de famille en épisodes marquants de la vie d’un couple (vacances au camping, accès à un logement social ou naissances) et suivant la transformation de l’écriture de la grand-mère de l’artiste les ayant annotés. S’y mêle la grande histoire avec un faux Ausweis, une convocation au procès des soldats du camp du Struthof1, des cartes de membres du PCF ou des documents relatifs au Complot des pigeons en 19522. En contrepoint se lit aussi une histoire de la photographie, des tampons de studio aux films Kodak, du noir et blanc à la couleur ou des tirages aux bords dentelés aux polaroïds. Cherchant à valoriser les contours et leur usure comme à conférer un caractère graphique à la composition, N. Aiello numérise les images sur fond noir, ménageant ainsi des blancs, essentiels en tant qu’ils offrent un espace à l’imagination du regardeur. Dans cette installation conçue sur cinq ans est aussi intégrée une archive de l’artiste datant de ses études : une vidéo de sa grand-mère manipulant la boîte dans laquelle étaient conservées ses photographies. Ces trois points de vue incarnent l’œuvre du temps sur nos souvenirs, permettant à chacun de projeter ces archives dans son présent et vers l’avenir.
La série de 25 dessins intitulée
Berlin (2009) et son pendant, Neige (2010), dessin animé les diffusant en boucle3, ont pour origine la réécriture exacte de prospectus publicitaires trouvés lors d’un séjour en Allemagne. Ils n’ont ni début ni fin, une ligne temporelle continue allant des dessins à la vidéo et vice et versa. Le temps est ici évoqué par le rythme, N. Aiello revendiquant l’influence de Paul Klee. Il souligne aussi un rapport au corps, un aspect physique du dessin à travers l’écriture automatique qui prend parfois naturellement le relai de la copie. Si la méthode processuelle se réfère à Roman Opalka notamment, la part belle est laissée à l’accident, telle une tache d’encre qui, apparaissant à intervalle non régulier dans la vidéo, vient en perturber et ponctuer la lecture. À rebours de ces écritures devenues images, Montreuil-Juvisy A/R (2017) est une intervention in situ composée d’images converties en écritures : deux lignes de 1000 photographies (prises avec un téléphone mobile durant le trajet aller-retour de l’atelier de l’artiste à l’Espace d’art) se déploient sur les baies de la galerie, chacune ayant été vectorisée dans un format texte. Enregistrement d’une géographie parcourue et du temps passé à son exploration, cette pièce, visible depuis la rue, est pensée comme une écriture de paysage, la restitution d’une balade4.
Elle fait écho à
Melancholia (2016), dessin non plus fondé sur l’écriture mais une composition de points au grain infiniment variable notant le temps qui défile, à l’instar du paysage sous les yeux du voyageur. Pour cette cartographie du temps, il a travaillé à partir de sa propre mémoire, se fixant comme souvent sur le souvenir d’œuvres de musées, ici une fameuse gravure de Dürer5 dont il n’a retenu qu’un éclat de lumière – une mélancolie plutôt gaie – un point de départ, « quelque chose plutôt que rien ». Ce grand dessin entretient également un lien, sur le fond et la trame, avec des photographies de chiffons imbibés de l’encre essuyée sur les plaques de cuivre utilisées pour la réalisation de sérigraphies. Archives de travail, ces imprégnations de mémoire sont devenues œuvres (Chiffon, 2017).
N. Aiello lutte ainsi tout de go
contre l’oubli, et pour l’oubli de détails – ses œuvres recelant un caractère volontairement fragmentaire – qui seul permet d’accéder à une mémoire collective.
1 Natzweiler-Struthof, camp de concentration nazi en Alsace.
2 Jacques Duclos, alors dirigeant du PCF, est arrêté en mai 1952 avec son chauffeur, le grand-père de N. Aiello, pour atteinte à la sûreté de l’État, les pigeons contenus dans sa voiture ayant été soupçonnés de transmettre des informations à l’ennemi, alors qu’ils étaient en réalité destinés à sa consommation personnelle…
3 Le nombre de dessins de la série étant déterminé par les 25 images seconde au cinéma.
4 Nicolas Aiello évoque à ce propos La Promenade de Robert Walser, Gallimard, Paris, 2007 [1987].
5 Albrecht Dürer, La mélancolie, 1514, Musée Condé, Chantilly.


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